[Guide de lecture] Féminisme et théorie de la reproduction sociale

On résume souvent l’apport du féminisme marxiste à l’impératif d’articuler l’oppression de genre à l’exploitation capitaliste : inégalités salariales, doubles journées, temps partiel imposé, etc. Une telle approche suggère que le marxisme propose essentiellement une focalisation prioritaire sur le salariat. Ce guide de lecture, élaboré par Morgane Merteuil, brise cette idée reçue, en introduisant ici aux théories de la reproduction sociale. Des hypothèses du féminisme autonome italien sur le travail domestique, jusqu’aux formes de spoliation et d’expropriation racistes et genrés à l’heure du néolibéralisme, en passant par l’analyse de la totalité formée par l’État et la division sexuelle du travail, une perspective se dégage, qui souligne le caractère diffus du capitalisme patriarcal, des lieux de sa production, et des foyers potentiels d’une résistance féministe.

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La mise en lumière de la sphère de la reproduction sociale constitue probablement l’apport le plus notable du féminisme marxiste aux théories de l’émancipation.

En mettant au jour les processus par lesquels la vie est maintenue et reproduite, tant au niveau quotidien que générationnel, les théories de la reproduction sociale constituent en effet une réponse pertinente non seulement aux conceptualisations de la libération des femmes en vigueur dans le corpus marxiste classique – une libération qui passerait par l’accès des femmes au travail salarié –, mais aussi aux théories féministes radicales selon lesquelles le patriarcat constitue un système à appréhender indépendamment du capitalisme.

C’est dans le cadre des travaux menés sur le travail domestique assigné aux femmes qu’ont émergé les premières théorisations de la fonction de ce travail dans la reproduction de la force de travail : le « domestic labour debate » mené entre la fin des années 1960 et la fin des années 1970 représente un moment majeur dans l’histoire du féminisme, durant lequel se sont notamment démarquées des féministes d’origine italiennes comme Mariarosa Dalla Costa, ou Silvia Federici, militant pour le « salaire au travail ménager ».

Dans un deuxième temps, les thèses élaborées à cette période constitueront une source d’inspiration pour les théoriciennes féministes marxistes cherchant à penser, dans une perspective d’appréhension de la totalité, les liens entre lutte marxiste et lutte féministe. Des théoriciennes majeures comme Lise Vogel ou Johanna Brenner mèneront des analyses minutieuses et rigoureuses des implications politiques et stratégiques de la division sexuelle du travail dans l’organisation capitaliste de la société, et des nécessaires luttes à mener pour combattre celle-ci.

Dans un troisième temps, l’évolution du contexte socio-économique, notamment marqué par la mondialisation néolibérale d’une part, et l’émergence de théories féministes issues du black feminism et mettant en avant le concept d’intersectionalité d’autre part, donnera aux théories de la reproduction sociale l’occasion de se renouveler, à la fois comme outil sociologique permettant d’appréhender les nouvelles modalités d’exploitation, et comme outil théorique proposant des réponses pertinentes à la question de l’articulation entre genre, classe, et race.

Le débat sur le travail domestique

Patterson, Louise Thompson, « Toward a Brighter Dawn », Viewpoint, issue 5 on Social Reproduction, 2015 (publication originale : in Woman Today, journal du Parti Communiste des USA, 1936)
Jackson, Esther Cooper, « The Negro Domestic Worker in Relation to Trade Unionism », ibid, (publication originale : 1940)

La question de l’évolution du statut des travailleuses domestiques a recoupé, dans le parcours de nombreuses femmes noires américaines, celle de l’histoire de l’esclavage. Aussi, n’est-il pas étonnant qu’avant même que la question du travail domestique ne soit mise en lumière comme enjeu théorique majeur au sein du mouvement féminisme, elle ait été traitée avec une grande attention par un certain nombre de militantes noires, généralement proches du parti communiste. Parce que les femmes noires n’ont pas eu à se battre pour travailler à l’extérieur de la maison, mais y étaient au contraire contraintes de par leur statut social, elles abordent très tôt, à l’exemple de L.T. Patterson, la question du « double fardeau ». Dans sa thèse de mémoire, E. C. Jackson retrace quant à elle l’histoire des travailleuses noires, de leur position de servante dans des conditions d’esclavage, à leur obtention d’un statut de travailleuses domestiques, et des perspectives syndicales se développant alors.

Jones, Claudia, « femmes noires et communisme : mettre fin à une omission », Période, Juillet 2014 (version originale : an End to the Neglect of the Problems of the Negro Woman ! », paru dans l’organe théorique du Parti Communiste américain en 1949).

Dans ce texte, Claudia Jones, militante du parti communiste américain, revient sur les différents secteurs de lutte des femmes noires, en tant qu’ouvrière syndicalisées, « employées de maison » effectuant le travail domestique pour les femmes blanches, mais aussi « protectrice de la famille noire » notamment face au système Jim Crow.

Benston, Margaret. « Pour une économie politique de la libération des femmes ». Partisans 54‑55 (juillet-octobre 1969), p. 23‑31.

Cet essai de Margaret Benston est souvent considéré comme la première tentative de théoriser le fait que l’absence de reconnaissance du  travail domestique comme travail découle de ce qu’il se situe en dehors de l’échange et du marché, bien qu’il constitue une « production socialement nécessaire ». En montrant que les femmes ont un rapport spécifique aux moyens de production, et que les tâches domestiques produisent de la valeur d’usage, Benston introduit une approche radicalement nouvelle du travail des femmes, et ouvre la voie à l’approfondissement des analyses portant sur l’exploitation d’un travail dont la caractéristique est de n’être pas payé.

Mariarosa Dalla Costa, « Les femmes et la subversion sociale », in Mariarosa Dalla Costa et Selma James. Le pouvoir des femmes et la subversion sociale. Librairie L’Adversaire, 1973. (version originale, « Donne e sovversione sociale », 1972)

Dans cet essai fondateur du féminisme marxiste italien, Dalla Costa, s’inspirant des thèses opéraïstes, met en lumière la centralité du travail domestique dans les processus d’accumulation capitaliste, et le rôle des femmes au foyer dans « l’usine sociale ». C’est à partir de cette analyse que se déploieront notamment les revendications pour un salaire au travail domestique.

Silvia Federici : « Un salaire pour le travail ménager », in Federici, Silvia. Point zéro : propagation de la révolution. Donnemarie-Dontilly Seine-et-Marne: Editions IXE, 2016. (Version originale : « Wages against housework », 1975)

Dans la continuité du chemin théorique ouvert par Dalla Costa émerge la revendication d’un salaire au travail ménager, dont Silvia Federici expose ici les enjeux.

Silvia Federici et Nicole Cox, « La contre-offensive des cuisines », in Federici, Silvia, cit. (version originale : « Counterplanning from the kitchen », 1975).

Cet essai, qui se veut une réponse aux arguments contre la revendication d’un salaire au travail ménager, permet de situer les points de débats et de désaccord à l’intérieur du mouvement féministe sur la question du travail domestique.

– Fortunati, Leopoldina. The Arcane of Reproduction: Housework, Prostitution, Labor and Capital, Autonomedia, 1996. (version originale : L’arcano della riproduzione: casalinghe, prostitute, operai e capitale. Marsilio, 1981.)

Leopoldina Fortunati, militante italienne, se livre ici à une analyse systématique, qu’on pourra critiquer pour son fonctionnalisme, de la fonction du travail domestique et de la prostitution dans l’économie capitaliste.

Malos, Ellen (Ed). The Politics of Housework. Revised edition. London ; New York: Allison & Busby, 1980.

Ce recueil permet d’appréhender de manière assez exhaustive le « domestic labour debate » tel qu’il s’est déployé dans les années 1970. On y retrouvera notamment plusieurs articles fondateurs mentionnés ici (ceux de Benston, Dalla Costa, Federici) mais aussi de nombreuses autres auteures, telles que Pat Mainardi, Shulamith Fireston, ou Peggy Morton.

– Dolores Hayden, The Grand Domestic Revolution : a History of Feminist Designs For American Homes, Neighborhoods, and Cities. MIT Press, 1981.

The Grand Domestic Revolution est un ouvrage original pour qui a plutôt l’habitude d’appréhender les questions féministes du point de vue de l’histoire, des sciences politiques, ou de la sociologie:  c’est en effet à partir de l’architecture et du design urbain que Dolores Hayden nous donne à penser la question de la reproduction sociale, notamment du travail domestique, du logement, de l’éducation des enfants, du rapport entre espace public et espace privé. La présentation de figures majeures de la pensée du « féminisme matériel », qui s’efforçait de repenser les rapports entre la sphère « privée », « féminine », et la sphère publique de la production se mêle ainsi à des réflexions théoriques et à une profusion de plans, de schémas et de dessins très détaillés donnant à voir les possibilités concrètes de socialisation du travail domestique. Attentive à nous rappeler que « l’espace domestique est un produit social », Dolores Hayden s’efforce ainsi toujours d’ancrer le récit de cette « grande révolution domestique » dans le cadre de la « grande transformation » liée aux évolutions du capitalisme, notamment au développement du capitalisme industriel qui instaure la séparation physique et économique entre l’espace public de l’économie politique d’un côté, et l’espace privé de l’économie domestique, le foyer, de l’autre. Lire un extrait.

– Toupin, Louise. Le Salaire au Travail Ménager : Chroniques d’une Lutte Feministe. Remue Menage, 2014.

En retraçant l’histoire du Collectif Féministe International, coordination de différents groupes défendant la perspective du salaire au travail ménager, Louise Toupin nous permet ici d’appréhender l’originalité autant que la diversité des luttes menées par ces militantes, et revient sur les débats théoriques au sein desquels ce courant s’est illustré.

Capitalisme et oppression des femmes

– Barrett, Michèle, et Mary McIntosh. « Christine Delphy: Towards a Materialist Feminism? », Feminist Review, no 1 (1979): 95‑106.

Cet article est important en tant que réponse à la thèse du féminisme matérialiste radical tel que développée par Christine Delphy. Dans la perspective de Delphy en effet, l’appropriation du travail des femmes dans le mariage est une oppression partagée par toutes les femmes, qui en fait donc une même classe. Barett et McIntosh critiquent ici vivement cette conceptualisation du « mode de production domestique », et remettent en cause cette universalisation et cette priorisation du mariage : d’une part, le mariage n’est en effet pas si universel que ne le prétend Christine Delphy, et ses formes diffèrent en fonction de la classe sociale des époux ; d’autre part, le statut de mère (potentielle) serait plus pertinent pour expliquer les discriminations dont souffrent les femmes sur le marché du travail.

– Barrett, Michèle. Women’s Oppression Today: Problems in Marxist Feminist Analysis. London: Verso, 1980.

A travers l’analyse des différentes structures qui participent de l’oppression des femmes (le système éducatif, la famille, l’Etat, etc.), Michèle Barrett propose une analyse critique des différentes tentatives théoriques de lier le projet féministe au projet marxiste.

Mies, Maria. Patriarchy and Accumulation on a World Scale: Women in the International Division of Labour. First Edition. London ; Atlantic Highlands, N.J., USA : Atlantic Highlands, N.J: Zed Books, 1986.

En déployant le concept de « capitalist patriarchy », Maria Mies retrace le développement historique du capitalisme en le mettant en lien avec l’organisation de la reproduction sociale et la division sexuelle du travail d’une part, l’expansion sociale et la division internationale du travail d’autre part. Dans cette perspective, l’exploitation des femmes et des populations colonisées constitue la base à partir de laquelle peut se déployer l’exploitation des salariés.

Vogel, Lise, Marxism and the Oppression of Women: Toward a Unitary Theory. Reprint edition. s.l.: Historical Materialism, 2014.

Dans cet ouvrage fondamental du féminisme marxiste, publié pour la première fois en 1983, Lise Vogel expose, à travers une relecture des textes fondateurs de la théorie marxiste, les limites du traitement de la « question des femmes » qui a été opéré, y compris par les « féministes socialistes » et les « théories à double système », et propose une théorie « unitaire » de l’exploitation capitaliste et de l’exploitation des femmes, à partir de la perspective de la reproduction sociale.

Johanna Brenner et Maria Ramas, « Repenser l’oppression des femmes » (1984)

Dans cet article, Brenner et Ramas répondent de manière critique à l’ouvrage de Michèle Barrett, accusée de réduire la cause de l’oppression des femmes à une dimension idéologique. Brenner et Ramas exposent au contraire les causes matérielles qui ont induit la prévalence du système famille-ménage sur lequel se fonde cette oppression et la division sexuelle du travail qui l’accompagne.

Brenner, Johanna, et Barbara Laslett. « Gender and Social Reproduction: Historical Perspectives », Annual Review of Sociology 15 (1989): 381‑404.

Un article clair qui fait le point sur les différentes mobilisations du concept de reproduction sociale, dans une perspective à la fois historique et théorique.

Weeks, Kathi. The Problem with Work: Feminism, Marxism, Antiwork Politics, and Postwork Imaginaries. Durham: Duke University Press Books, 2011.

Par un retour critique sur les pensées qui ont lié travail et émancipation des femmes, Kathi Weeks reconvoque les théories féministes inspirées de l’opéraïsme et des revendications de « refus du travail », pour proposer de nouvelles perspectives pour la lutte féministe, à travers la revendication du revenu universel et de la baisse du temps de travail.

Federici, Silvia. Caliban et la Sorcière : Femmes, corps et accumulation primitive. Traduit par Senonevero et Julien Guazzini. Genève; Paris; Marseille: Entremonde, 2014. (2004 pour l’édition originale)

Dans ce livre majeur, Federici fait le récit du développement du capitalisme comme contre-révolution imposée aux luttes populaires du moyen-âge. Elle démontre notamment comment le processus que l’on qualifie d’ « accumulation primitive » s’est fondé sur des procédures de disciplinarisation de la force de travail, notamment des femmes, qu’il s’agissait d’assigner aux tâches de reproduction de la force de travail, et des populations des territoires colonisés comme sources de matières premières

La reproduction sociale à l’heure de la mondialisation néolibérale

Ehrenreich, Barbara, et Arlie Russell Hochschild, éd. Global Woman: Nannies, Maids, and Sex Workers in the New Economy. Paperbacks, 2003.

Sans se revendiquer du marxisme ou des théories de la reproduction sociale, ce recueil d’article, à vocation sociologique, est cependant éclairant sur les dynamiques à l’œuvre dans la migration destinée aux secteurs du travail reproductif entendu au sens large.

Ferguson, Sue. « Canadian Contributions to Social Reproduction Feminism, Race and Embodied Labor ». Journalism, no 4 (2008).

Sue Ferguson défend ici l’approche en termes de reproduction sociale pour appréhender au mieux les processus de racialisation en jeu dans le travail des femmes. Ce faisant, il s’agit également de pallier à certains manquements des études intersectionnelles, concernant notamment la place de la classe et du capitalisme.

Farris, Sara, « les fondements politico-économiques du fémonationalisme », Contretemps-Web, 2012 (version originale : « Femonationalism and the ‘Reserve’ Army of Labor Called Migrant Women », History of the Present, 2(2), 2012, p. 184-199.)
« Féministes de tous les pays, qui lave vos chaussettes? » Comment s’en sortir?, 01(01), 2015, p. 203-235.

Dans ces deux articles, Sara Farris développe le concept de « fémonationalisme », soit la mobilisation des idéaux d’émancipation des femmes par l’Etat, et les convergences ainsi produites entre ce dernier et certains courants féministes, dans le cadre de la restructuration néolibérale et de l’appel à une main d’œuvre de femmes immigrées pour la prise en charge, à bas coût, des tâches de reproduction sociale.

– Del Re, Alisa, « Workers’Inquiry and Reproductive Labor », Viewpoint Magazine, Septmbre 2013.

Alisa Del Re, figure historique du féminisme italien, propose ici de reconvoquer la méthode de l’enquête ouvrière, telle que l’a développée l’opéraïsme italien des Quaderni Rossi, pour explorer les dimensions affectives du travail de reproduction, afin d’identifier les terrains à partir desquels la subjectivité peut s’exprimer en tant que désir de transformation sociale.

Federici, Silvia. « Reproduction et lutte féministe dans la nouvelle division internationale du travail ». Période, Avril 2014.

A partir du constat de la nouvelle division sexuelle et internationale du travail – l’imposition aux femmes des pays du Sud d’une partie croissante du travail reproductif nécessaire aux pays du Nord – Silvia Federici se livre ici à une critique de certaines stratégies adoptées par le mouvement féministe, notamment son approche en termes de droits des femmes et de lutte contre les violences sexistes.

Viewpoint Magazine, Issue 5 : Social Reproduction (2015).

Le numéro spécial de la revue en ligne Viewpoint sur la Reproduction Sociale contient à la fois des articles historiques, permettant de retracer la lignée des théories de la reproduction sociale, et des textes présentant des enjeux plus contemporains, touchant aussi bien aux questions théoriques comme l’intersectionalité qu’aux luttes en cours sur le terrain de la sexualité ou des migrations.

Viewpoint Magazine, dossier « Gender and Capitalism: Debating Cinzia Arruzza’s “Remarks on Gender »

Ce dossier special édité par Viewpoint magazine se compose d’un article initial de Cinzia Arruza qui revient sur les limites de certaines théorisations des rapports entre genre, classe et race, des réponses critiques qui ont apporté Johanna Oksala, Sara Farris, et FTC Manning, et de la réponse finale d’Arruzza. A travers cet échange, sont abordés des concepts majeurs du féminisme marxiste, comme le rôle de l’Etat, la logique historique du capital, la question de son indifférence ou non au genre et à la race, ou encore les théories à double/triple système et l’intersectionalité. Ce dossier est notamment utile pour identifier les points débattus dans le féminisme marxiste contemporain.

Revue Période, Pour un féminisme de la totalité, Paris, éditions Amsterdam, 2017

Ce recueil composé de textes parus sur Période et de contributions inédites propose de replacer les débats sur l’intersectionnalité dans la perspective d’un féminisme de la totalité se déployant selon les trois axes de la genèse de l’oppression patriarcale, des théories de la reproduction sociale et de la critique de l’emprise du capital sur les corps. Cet ouvrage propose de restaurer la vocation révolutionnaire du féminisme, en montrant notamment en quoi transformer la famille, la sexualité, ou l’organisation de la reproduction sociale et biologique implique un bouleversement de la vie quotidienne, de la santé, de la culture, du travail salarié, du logement, de la vie collective, et permet de repenser le dépérissement de l’Etat. Avec les contributions de Tithi Bhattacharya, Johanna Brenner, Angela Davis, Peter Drucker, Sara Farris, Silvia Federici, Kevin Floyd, J.J. Gleeson, K.D. Griffiths, Eleanor B. Leacock, Morgane Merteuil, Maria Ramas, Gianfranco Rebucini, et Matthieu Renault.

 

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Morgane Merteuil