[Guide de lecture] Autonomies italiennes

Du soutien à la ZAD aux luttes contre les violences policières en passant par le mouvement « contre la loi travail et son monde » et l’antifascisme, l’ autonomie italienne des années 1970 est devenue la référence centrale d’une nouvelle constellation militante. La définition de cette « autonomie » est cependant pour le moins malaisée. On ne saurait en effet la circonscrire à des limites temporelles (1973-1977), organisationnelles (Potere Operaio, Lotta Continua, les groupes armés) ou stratégiques (le refus du travail et l’autovalorisation) sans en appauvrir le contenu. C’est pourquoi Julien Allavena et Azad Mardirossian proposent, dans ce guide de lecture sans équivalent en français, de saisir l’autonomie comme une pratique de masse. L’antagonisme ouvrier et le féminisme, les expérimentations contre-culturelles et les révoltes carcérales, les luttes urbaines, l’agitation étudiante et la lutte armée s’y composent en un archipel insurrectionnel dont l’hétérogénéité même dessine les contours d’un communisme en actes.

[Guide de lecture] Critique littéraire marxiste

Il est notoire qu’au cours de sa longue histoire, le marxisme a produit des théories de la littérature et des critiques littéraires majeures. Dans ce guide de lecture, Daniel Hartley propose une introduction générale à ces approches, en soulignant en particulier l’importance de l’étude de la littérature mondiale. Si les études littéraires sont aussi chères aux marxistes, c’est parce que la littérature médiatise des formes de sensibilité et de subjectivité historiques, qu’elles sont une méditation sur les traces du passé au sein même du présent, et qu’elles anticipent sur des affects ou des exigences futures. Au-delà de sa capacité à refléter la réalité, la littérature est dès lors un puissant réservoir de rêves, d’aspirations ou de fantasmes inaccomplis, un sédiment de l’affrontement des classes, une cristallisation du développement inégal et de la conflictualité du genre, de la race et de l’éthnicité.

[Guide de lecture] Le marxisme analytique

Le marxisme analytique a profondément marqué les sciences sociales critiques anglophones. L’exigence constante de formuler des arguments clairs, précis, de discuter le libéralisme en appliquant le principe de charité, d’en finir avec tout bullshit jargonnant ont assuré à cette branche de la théorie un succès certain, en philosophie éthique, en sociologie ou en économie politique. Souvent méprisé en France pour son prétendu « réformisme » ou son aversion à la dialectique, le marxisme analytique est pourtant un interlocuteur stimulant, une discipline intellectuelle à laquelle il est nécessaire de se plier ou, a minima, de se confronter. Dans ce guide de lecture, Fabien Tarrit déploie les enjeux de ce courant dans tous les domaines : comment reconstruire une théorie des classes qui soit cohérente ? peut-on maintenir la théorie de l’histoire issue de Marx ? à quelle condition la théorie de la valeur est-elle défendable ? qu’est-ce qu’une théorie marxiste de la justice ? Ces questions, toutes essentielles, indiquent bien la contribution qui peut être celle du marxisme analytique : offrir l’opportunité inestimable de clarifier les présupposés de la critique émancipatrice.

[Guide de lecture] Les origines de la Ve République

La réalité de la Ve République est le plus souvent résumée à ses traits les plus autoritaires et à ses origines putschistes. Dans un contexte d’escalade répressive, d’essoufflement du régime et de radicalisation des forces de l’ordre, cette perspective est salutaire. Dans ce guide de lecture, Grey Anderson propose des outils d’analyse du régime, de son histoire et de sa nature au prisme de la théorie marxiste de l’État. Anderson n’hésite pas à entrer dans le détail des publications largement descriptives, sur l’économie gaulliste, sur la guerre d’Algérie et la naissance du nouveau régime, notamment parce que le gaullisme était et demeure une énigme : régime bourgeois régulier ? bonapartiste ? fascisant ? La contingence historique liée à l’apparition de la Ve République donne une épaisseur et une complexité au problème. Anderson nous propose brillamment de démêler ce nœud théorique, en combinant les lectures théoriques marxistes d’époque et en historicisant les analyses des forces bourgeoises, anticolonialistes ou issues du mouvement ouvrier. Ce cheminement bibliographique donne une clarté à un phénomène encore mal cerné, et pourtant terriblement actuel.

[Guide de lecture] Les fascismes

Le terme de « fascisme » fait sans doute partie des plus utilisés et des plus flous du vocabulaire politique contemporain. Déclarer que son ennemi est « fasciste », c’est mettre à l’ordre du jour son écrasement politique et physique – il vaut donc mieux savoir de quoi on parle. Par ailleurs, dans le contexte d’escalade autoritaire et de pérennisation de l’état d’urgence, repenser le fascisme est devenu une tâche de premier ordre. Ce guide de lecture offre un panorama sans précédent pour ce faire. Sebastian Budgen déploie une grande richesse bibliographique, dont le spectre s’étend du débat au sein du mouvement ouvrier dans l’entre-deux-guerres jusqu’aux analyses contemporaines du Front national ou de l’alt-right états-unienne. Budgen problématise les phases de flux, de reflux, d’innovation théoriques marxistes concernant le fascisme ; il n’en néglige ni les dimensions proprement économiques ni philosophiques ; il offre aussi quelques pistes autour de la littérature antifasciste. De Gramsci à Traverso, de Sohn-Rethel à Ishay Landa ou Domenico Losurdo, de Thalheimer ou Trotsky à Aijaz Ahmad, le phénomène fasciste aura rarement été cerné dans toute sa diversité historique et géographique.

[Guide de lecture] Opéraïsmes

Parce qu’il a su relier l’exigence théorique et l’intervention pratique, l’autonomie des luttes et les perspectives stratégiques, l’opéraïsme fait aujourd’hui l’objet d’un vif intérêt dans différents secteurs de la gauche radicale. Pourtant, le faible nombre de traductions disponibles comme la richesse de cette tradition hétérodoxe du marxisme italien contribuent à en gêner l’appropriation créative. On réduit encore trop souvent l’opéraïsme à un courant homogène, que l’évocation de quelques grands noms (Mario Tronti, Toni Negri) ou l’invocation de quelques concepts clés (composition de classe, refus du travail) suffiraient à cerner. Par contraste, c’est à la diversité interne de l’expérience opéraïste qu’entendent ici rendre justice Julien Allavena et Davide Gallo Lassere. De la scission des Quaderni rossi aux débats que suscita l’émergence de nouvelles figures de la lutte des classes dans les années 1970, en passant par l’enquête ouvrière et la lecture de Marx, c’est une ligne de conduite intellectuelle et politique en perpétuel renouvellement qu’ils donnent à voir dans ce guide de lecture, qu’en complèteront bientôt deux autres consacrés à l’autonomie et au post-opéraïsme.

[Guide de lecture] Marxisme et cinéma

Le cinéma a été un lieu d’investissement constant pour les marxistes, depuis sa naissance au début du XXe siècle. Le cinéma a ceci de singulier qu’il est un véritable système de production, à ses origines extrêmement coûteux ; il a revêtu très rapidement le statut d’industrie artistique et culturelle. Tout au long de son histoire, les marxistes ont considéré le cinéma comme un puissant véhicule idéologique, structurellement marqué par la classe dominante du fait de ses conditions de production. En même temps, depuis l’émergence du cinéma soviétique, le cinéma a aussi été un terrain d’expérimentation théorique et esthétique pour penser une autre manière de fabriquer et de faire parler les images. Dans ce guide de lecture monumental, Daniel Fairfax propose à la fois de recenser 9 périodes de pensée marxiste sur le cinéma, mais aussi de donner à voir, pour chacun de ces moments, une série de films qui en sont représentatifs. Par là, Fairfax rend palpable le rapport constant entre théoriques et pratiques marxistes du cinéma.

[Guide de lecture] Marxisme et Amérique latine

Dans le courant des années 2000, l’Amérique Latine est devenue, ou redevenue, une référence obligée des débats dans la gauche radicale. La plupart du temps, ces débats se sont cependant focalisés, selon les affinités politiques de leurs protagonistes, sur le processus bolivarien ou le mouvement zapatiste. Par contraste, c’est à un élargissement temporel et spatial des termes de la discussion marxiste sur l’Amérique Latine que nous invite Jeffery R. Webber dans ce guide de lecture. Périodisant l’histoire longue des innovation théoriques et des expérimentations pratiques qu’a connu le continent sud-américain de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, il propose un cartographie d’ensemble des « vents de la transformation et de la restauration » qui soufflent actuellement sur la région.

[Guide de lecture] Gramsci

La contribution de Gramsci est aujourd’hui essentielle pour quiconque s’intéresse à la stratégie révolutionnaire, aux philosophies ou encore à l’historiographie marxiste. La principale difficulté réside dans le fait que cette oeuvre est monumentale et fragmentaire ; la plupart des textes de Gramsci sont des notes prises dans des Cahiers de prison, dont la lecture attentive et chronologique est indispensable pour comprendre l’évolution de la pensée de son auteur. Ainsi, par le biais de citations tronquées, de recueils partiels ou encore d’ouvrage introductifs à la philologie douteuse, les concepts majeurs de Gramsci ont souvent été mal compris, déformés, mis au service d’agendas très divers et par ailleurs incompatibles. Pour lire Gramsci, il faut donc trouver le bon cheminement, les cahiers à lire en priorité, les sources secondaires les plus fiables. C’est ce qu’entend offrir avec brio ce guide de lecture composé par Panagiotis Sotiris. Il propose à la fois un ordre de lecture idéal pour les cahiers, et une sélection des ouvrages secondaires les plus marquants, aussi bien en langue française qu’anglaise ou italienne. Il présente ainsi une progression dans l’oeuvre du communiste sarde, qui part d’emblée d’une lecture politique, des écrits sur les conseils ouvriers à la conceptualisation du nouveau Prince, et il fournit les outils indispensables pour entrer dans la dialectique même des Cahiers, faite d’autorectification et d’ajustement constants, à l’image de la praxis comme autocritique de la réalité et renversement de la pratique.

[Guide de lecture] Althussérisme

Le cercle restreint autour d’Althusser est trop souvent présenté comme un simple appendice de la pensée du philosophe. À l’inverse, quand des « althussériens » majeurs ont suivi leur propre parcours intellectuel, leur lien à l’althussérisme a été plus ou moins distendu, que l’on pense à Balibar, Badiou ou Rancière. Par ailleurs, au-delà du premier cercle, l’althussérisme a eu un impact bien plus diffus. Panagiotis Sotiris fournit ici quelques clés de lecture pour rendre plus palpable le programme de recherche de l’althussérisme. Celui-ci tient en deux exigences : inventer une nouvelle pratique de la politique et un matérialisme de la rencontre. Entre théorie sociale, épistémologie, théorie du discours et économie politique, l’althussérisme est une perspective qui donne toute son ampleur à la conjoncture, au primat de la lutte des classes et de la stratégie, aux situations aléatoires et à la contingence des rapports de force.