Antideutsch : sionisme, (anti)fascisme et (anti)nationalisme dans la gauche radicale allemande

Dans ce texte, Selim Nadi revient sur une mouvance singulière de la gauche radicale allemande. Appelée « Antideutsch », opposée à la réunification allemande et par conséquent à toute existence d’une entité étatique allemande comme source d’un potentiel « quatrième Reich », elle s’oppose avec véhémence à toute forme d’anti-impérialisme et prône un soutien sans failles à la politique de l’État d’Israël. Une mouvance désormais minoritaire certes, mais dont l’idéologie ne semble pas sans influence. L’occasion pour Selim Nadi d’interroger certaines ambiguïtés de la gauche allemande et européenne quant à la question de la nécessaire lutte anti-impérialiste.

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À l’occasion du cours intitulé « La situation spirituelle en Allemagne », qu’il donnait à l’Université de Heidelberg en 1945, Karl Jaspers posa la question suivante à ses étudiants :

Ne cédons-nous pas à un nouveau vacarme, ne devenons nous pas des pharisiens, ne tirons-nous pas une sorte de justification du seul fait d’avoir survécu et d’avoir souffert1?

Cette question donnera lieu à de nombreux débats sur la « culpabilité allemande » (Schuldfrage). Chaque allemand aurait ainsi une sorte de dette2 envers l’humanité, du seul fait d’être né allemand. Ce sentiment d’appartenir au « peuple-coupable » entrainera la gauche radicale à prendre ses distances avec la génération des « parents-nazis » et à se positionner très largement (ce qui n’est pas une spécificité allemande) en faveur des mouvements émancipateurs, que ce soit dans le Tiers-Monde ou au sein même de la République fédérale allemande. Cependant, ce soutien aux luttes de libération trouva ses limites face à la réalité de la colonisation israélienne, et au fait qu’avant 1967 on trouve au sein de la gauche radicale allemande une assez large fascination pour le nouvel État israélien, autrement appelé « État des Juifs » (selon l’expression allemande Judenstaat), qui apparait alors comme un refuge pour les survivants du génocide nazi. Ainsi, à partir de la fin des années 1960, sous la double influence de la Guerre des Six Jours et d’une forme de restructuration interne du mouvement ouvrier découlant de la contestation sociale issue du moment 1968, la gauche évoluera lentement avant de se scinder en deux camps opposés au début des années 1990. C’est surtout au sein des mouvements autonomes issus en partie de l’Opposition extra-parlementaire (APO ou Außerparlamentarische Opposition) que cette scission sera la plus visible : on trouvera ainsi à cette période des mouvements se revendiquant d’une tradition anti-impérialiste d’un côté et une gauche antideutsch de l’autre, cette dernière refusant la réunification entre les antisionistes de RDA et les « héritiers du national-socialisme » de RFA. Les Antideutsch se positionnaient ainsi dès le début des années 1990 contre l’anti-impérialisme qui serait l’une des nouvelles formes de l’antisémitisme3. C’est ainsi en articulant le concept de Schuldfrage à celui de Sonderweg que naîtra l’opposition à l’Allemagne réunifiée en tant qu’État-coupable. Le Sonderweg est l’idée qu’une voie particulière aurait mené l’Allemagne au nazisme. Pour schématiser ce concept rapidement, on pourrait dire que par rapport à l’évolution historique de ses voisins européens, l’Allemagne aurait pris une autre direction. Elle aurait donc dévié du chemin de l’Histoire sur lequel se seraient engagés les autres pays européens. C’est une idée assez ancienne dont nous n’avons pas le temps de faire la généalogie ici. Nous rappellerons juste que le concept de Sonderweg fut défendu par les propagandistes du national-socialisme, selon lesquels le peuple allemand aurait une destinée spéciale. Mais après la Seconde Guerre Mondiale, ce concept fut utilisé pour tenter de démontrer que le génocide nazi n’aurait pu voir le jour qu’en Allemagne4. Nous essaierons de montrer comment le Sonderweg et la Schuldfrage ont servi de grilles de lecture à travers lesquelles ont été appréhendés les événements allemands et internationaux du début des années 1990. Il s’agira de s’interroger sur la manière dont l’anti-nationalisme caractéristique de cette tendance a pu glisser vers un contre-nationalisme israélien.

Notons que la mouvance antideutsch est très présente dans le mouvement antifasciste allemand. Il n’est pas rare5 de voir flotter côte-à-côte dans ces manifestations, des drapeaux américains, israéliens, et antifascistes. Bien évidemment, le mouvement antideutsch n’est qu’un groupe parmi d’autres au sein de l’antifascisme. Cependant, son influence dépasse le cadre restreint des mouvements anti-allemands ; et si ces groupes ne sont aujourd’hui plus très nombreux, leur idéologie, elle, semble être devenue quasi hégémonique en Allemagne6. Surtout, l’analyse d’un tel mouvement montre qu’il est primordial pour la gauche allemande et européenne de refuser une approche en termes de voie particulière du peuple Allemand et ainsi d’abandonner cette lecture germano-centrée de la colonisation israélienne. Voilà pourquoi, à travers ce texte, nous tenterons de dresser une sorte d’idéal-type de ce mouvement – qui est bien évidemment plus complexe que la présentation parfois synthétique impliquée par l’ambition introductive et pédagogique de notre étude – qui questionne en profondeur le lien de la gauche radicale allemande à l’anti-impérialisme. En effet, le mouvement antideutsch se démarque du sionisme et de l’impérialisme classique de la droite et du SPD – qui considèrent le soutien à Israël comme une « raison d’État » (Staatsräson)7 – en cela qu’il tente d’expliquer ce soutien justement par une prise de position antifasciste et marxisante. Car leur engagement sioniste et anti-anti-impérialiste est paradoxalement auto-justifié au nom d’un antifascisme théorique et politique prétendument en rupture avec un certain anticapitalisme considéré comme « régressif », ce qui les singularise au sein des mouvances traditionnellement réactionnaires.


Réunification allemande et contestation de l’entité étatique « Allemagne » : aux origines de l’idéologie Antideutsch.

Au début des années 1990, en plein processus de réunification entre la RDA et la RFA, de nombreuses villes allemandes virent naitre des manifestations de Schwarzer Blöcke, ces groupes habillés en noir et donnant ainsi l’impression d’un block noir homogène, qui scandaient le slogan « Nie wieder Deutschland ! » (« Plus jamais l’Allemagne ! »). Rien ne caractérise mieux ce mouvement que son nom : Antideutsch. À première vue, on pourrait penser qu’il s’agit simplement d’un groupe anti-nationaliste, comme il en existe d’autres dans la gauche radicale. Cependant, la manière de penser l’État allemand est assez spécifique chez les théoriciens et militants antideutsch et ne peut par ailleurs être comprise sans l’attachement à Israël qui caractérise une grande partie de leurs positions. L’idée principale de cette opposition à la réunification était que la refonte d’un État allemand risquait de donner naissance à un « quatrième Reich ». Dans un discours qui était prévu lors d’une manifestation contre l’État allemand, à Francfort-sur-le-Main, en Octobre 19918, Joachim Bruhn (l’une des figures principales du mouvement antideutsch) explique que l’effondrement du capitalisme d’État de la RDA est une bonne chose, mais qu’au lieu de réunifier l’Allemagne, il faudrait profiter de cette occasion pour l’anéantir afin de détruire ce peuple qui a amené le national-socialisme :

L’État est un producteur et le peuple est son produit […]. Qui dit peuple, pense État9.

Chaque allemand pris individuellement n’est donc pas forcément fautif de l’antisémitisme du national-socialisme. Cependant, l’entité « peuple » serait toxique par essence pour les mouvements émancipateurs – il est important ici de rappeler que le terme allemand Volk a une connotation quelque peu plus racialiste que le terme français « peuple ». Dans son discours, Bruhn s’en prend en effet à la gauche allemande qui serait encore bien trop influencée par un certain nationalisme, qui découlerait de son attachement au peuple allemand. Il termine son discours de la manière suivante :

La gauche a trop souvent interprété la Nation : cependant il s’agit de révolutionner l’État National (Nationalstaat) et de le liquider10.

En effet, l’opposition à la réunification allemande serait le symbole de leur résistance face à la menace d’un « quatrième Reich »11. Cet argument se retrouve dans de nombreux textes du mouvement antideutsch. Il est donc étonnant de constater qu’alors que les Antideutsch s’opposent aux idées de peuple (Volk) et de Nation, ils reprennent à leur compte une idée typiquement allemande : celle du Sonderweg qui mènerait à la continuation du passé nazi de l’Allemagne. En effet, l’anti-nationalisme des Antideutsch est principalement une opposition à l’Allemagne, en tant qu’État-Nation, et c’est ce côté anti-germanique, doublé d’un contre-nationalisme israélien, qui permettrait – selon les Antideutsch – de rompre avec la continuité du passé nazi de l’Allemagne12. L’anti-germanisme apparaitrait ainsi ici comme une manière de mettre fin au Sonderweg. L’antisémitisme n’est donc jamais analysé comme une pièce d’un système raciste, mais est vu de manière métaphysique, comme une conséquence de l’histoire allemande. L’antisémitisme serait l’essence même du peuple allemand.


Idéologie « anti-allemande » et sionisme.

C’est ici que se noue la relation avec Israël. En effet, selon Wolf Wetzel (militant antifasciste allemand), le mouvement antideutsch trouve également ses origines dans le bellicisme de la gauche allemande, qui est né au moment de la première guerre du Golfe. Le 18 janvier 1991, l’envoi de missiles Scuds sur Israël provoque un tournant majeur dans l’appréhension de ce conflit par la gauche allemande. Ainsi, alors que jusqu’ici cette dernière était largement pacifiste, elle changea radicalement de positionnement. L’image qui devint dominante au sein de la gauche radicale allemande n’était alors plus celle selon laquelle les États-Unis et leurs alliés menaient une guerre contre l’Irak, mais plutôt celle, inverse, selon laquelle l’Irak guerroyait contre Israël. On put ainsi lire divers textes comparant les attaques sur Israël à Auschwitz, etc. Wetzel continue ainsi en expliquant qu’en faisant de la confrontation politique et militaire une lutte contre un nouvel Auschwitz, la tradition pacifiste et anti-impérialiste de la gauche radicale était sensée être reléguée au second plan et était à terme vouée à disparaître. D’ailleurs, comme l’explique Anne Joly, dans un article publié dans La Revue des Livres n°6, lors de la Guerre du Golfe en 1991, le rédacteur en chef de la revue Konkret « établissait des parallèles entre l’intervention en Irak et la libération de l’Allemagne nazie par les Alliés13 ». Cette partie du mouvement antifasciste qui s’opposait à la réunification allemande fit du régime irakien une sorte de clone arabe du nazisme allemand. Dans cette perspective, la lutte contre le fascisme devait donc nécessairement devenir une lutte contre le nouveau fascisme qui menaçait la sécurité d’Israël et questionnait de la même manière directement le passé allemand : le fascisme-vert.

Selon les Antideutsch, les Allemands qui soutiennent la lutte de libération palestinienne représenteraient l’alliance entre les enfants du nazisme et les nouveaux antisémites : les Arabes. Le mouvement antideutsch prête aux États arabes, mais également aux immigrés musulmans dans leur ensemble (même s’ils ne sont pas arabes) un nouvel antisémitisme. Une politique réellement émancipatrice supposerait donc de soutenir inconditionnellement l’État d’Israël. Si le mouvement antideutsch se revendique comme communiste, leurs principaux ennemis se retrouvent pourtant souvent dans la gauche radicale. À cet égard, le slogan de la fondation politique BAK Shalom nous semble emblématique de l’idéologie antideutsch : « contre l’antisémitisme, l’antisionisme, l’anti-américanisme et “l’anticapitalisme régressif” au sein de la gauche ». Voilà pourquoi les Antideutsch s’en prennent également aux mouvements anticapitalistes « classiques », ceci à cause de leur critique de la finance qui déboucherait implacablement sur une nouvelle forme d’antisémitisme.


Critique de la valeur, critique de la finance et idéologie antideutsch.

La vision de l’antisémitisme véhiculée par le mouvement antideutsch est fortement inspirée par les théoriciens du courant marxiste nommé Wertkritik14la critique de la valeur – et par les travaux de Moishe Postone. Précision que Postone n’est pas à proprement parler un théoricien appartenant à la mouvance Wertkritik15 même si son influence sur cette dernière fut importante et que sa réception par les Antideutsch s’effectua par l’intermédiaire des théoriciens critiques de la valeur. C’est notamment le texte « Antisémitisme et national-socialisme16 », que Postone écrivit à la fin des années 1970, alors qu’il étudiait à Francfort-sur-le-Main, qui eut une influence énorme sur le mouvement antideutsch17 . Dans ce texte, Moishe Postone développe l’idée selon laquelle l’antisémitisme moderne attribuerait un pouvoir spécifique aux Juifs :


le pouvoir de tuer Dieu, de déchaîner la peste ou, plus récemment d’engendrer le capitalisme et le socialisme18.


Postone différencie donc l’antisémitisme moderne des autres formes de racisme en cela que les formes de racisme habituelles prêteraient à l’Autre un pouvoir concret, alors que dans l’antisémitisme, ce pouvoir est abstrait et prendrait la forme d’une « mystérieuse présence, insaisissable, abstraite et universelle19 ». De là viendrait le fait que l’antisémitisme moderne emprunterait souvent les traits du conspirationnisme. On retrouverait ainsi dans une certaine réinterprétation de l’idée marxienne de valeur ce pouvoir insaisissable que l’antisémitisme attribue aux Juifs :


Quand on considère les caractéristiques spécifiques du pouvoir que l’antisémitisme moderne prête aux Juifs – abstraction, insaisissabilité, universalité et mobilité –, on remarque qu’il s’agit là des caractéristiques d’une des dimensions des formes sociales que Marx a analysées : la valeur20.


La critique des excès de la finance serait donc – selon Postone, mais également selon la plupart des théoriciens de la Wertkritik – une sorte d’antisémitisme qui se travestirait sous une forme émancipatrice. Les mouvements se revendiquant comme émancipateurs seraient en réalité des complices d’un antisémitisme caché. Radicalisant cette position les théoriciens de la critique de la valeur affirment que l’antisionisme n’est qu’un antisémitisme qui prend les couleurs de l’anticapitalisme et de l’anti-impérialisme. Selon Robert Kurz21 , c’est à cause de cette vision « régressive » de l’anticapitalisme et de l’anti-impérialisme que l’opinion mondiale se liguerait contre Israël en temps de crise. Il ne serait donc pas étonnant qu’après le crash financier de 2008, Israël n’apparaisse plus que comme « un pion sur l’échiquier de l’impérialisme global de crise22 »23 :


C’est pourquoi le tir de roquettes du Hamas contre la population civile israélienne apparait comme sans importance ; la majeure partie de l’opinion mondiale qualifie d’excessive la contre-attaque d’Israël. […] C’est ainsi que la propagande islamiste à propos du massacre de la population civile trouve un terrain fertile24 .


Cette vision pro-sioniste est radicalisée par les militants antideutsch. Et il en découle un positionnement réactionnaire et raciste, conclusion logique du soutien sans faille à Israël. Les Antideutsch ne rejettent pas seulement l’antisionisme, mais également toute critique contre la politique israélienne. En effet, les idéologues antideutsch tels que Joachim Bruhn ou Stephan Grigat défendent l’idée qu’Israël représente « la forme organisée de la violence émancipatrice révolutionnaire du peuple Juif25 ». La colonisation représente ainsi – dans l’idéologie antideutsch – une émancipation non seulement pour les Juifs mais également pour les peuples colonisés. On retrouve souvent dans les textes d’inspiration antideutsch (qui circulent notamment à travers les revues Bahamas et Jungle World) cette étrange corrélation entre colonialisme et émancipation universelle. Dans un article datant de 2002, Per Violet écrit par exemple dans la revue Bahamas que :


par les traitements inhumains qu’il leur faisait subir, l’impérialisme britannique a libéré les Indiens – bien que cette libération ait été un meurtre de masse26.


Il n’est donc pas étonnant qu’à travers leurs articles les idéologues antideutsch se demandent si le racisme du politicien SPD Thilo Sarrazin n’est pas justifié, ou qu’ils parlent d’une « soi-disant Islamophobie » qui servirait à légitimer l’antisémitisme de gauche. En effet, selon les Antideutsch, la lutte contre l’Islamophobie27 ne servirait qu’à donner de nouvelles couleurs à un antisémitisme de gauche, qui prendrait ainsi une forme progressiste mais qui permettrait la continuation d’une certaine tradition antisémite que l’on retrouverait au sein de la gauche anti-impérialiste. Dans cette optique, l’anti-impérialisme incarnerait cette figure bien connue sous le terme de « socialisme des imbéciles ». Fondamentalement, ce parallèle entre le soutien à la lutte de libération de la Palestine et le national-socialisme découle d’une manière de penser le génocide nazi totalement abstraite, sans faire (à aucun moment) le lien entre le nazisme et le colonialisme européen, qui sans être à l’origine du nazisme, fait partie du contexte dans lequel s’est développée cette idéologie28.


Conclusion

Il convient, au terme de cette analyse, de pointer un paradoxe important : alors que l’idéologie antideutsch prétend se détacher de l’histoire allemande, elle ne fait que tracer et approfondir son propre Sonderweg, en poursuivant par là une certaine tradition colonialiste et raciste. Il nous semble fondamental de refuser ce type de lecture germano-centrée de l’histoire du sionisme et de l’occupation israélienne, et de mettre en lumière un malaise qui traverse certaines gauches européennes quant à la question de l’impérialisme… Voilà aussi pourquoi nous ne pouvons que souscrire à ce qu’écrit l’historien marxiste Maciej Zurowski29 à savoir que la mouvance Antideutsch devrait être mise à distance et exclue des organisations de gauche et antifascistes allemandes, comme par exemple Die Linke.

 

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  1. Karl Jaspers, la culpabilité allemande, Paris, Éditions de Minuit, 1990. []
  2. Il ne faut pas perdre de vue que le terme Schuld peut signifier à la fois «  faute  » ou «  dette  ». []
  3. L’une de leurs nombreuses références fut le texte que Jean Améry publia en 1966 dans Die Zeit, intitulé « L’antisémitisme honorable ». Dans ce texte Améry écrit notamment « l’anti-Israël comme l’antisionisme portent l’antisémitisme comme la nuée porte l’orage ». Par ailleurs, Stephan Grigat, politiste à l’université de Vienne et figure majeure du courant antideutsch considère Jean Améry comme « l’un des premiers à critiquer un nouvel antisémitisme de gauche qui apparait sous la forme de l’antisionisme » (Entretien avec Stephan Grigat, « Communism, anti-German criticism and Israel », Café critique : http://www.cafecritique.priv.at/interviewIN.html). []
  4. Le débat autour du Sonderweg culmina dans les années 1986 avec ce qui fut appelé la querelle des historiens (Historikerstreik) qui fut entamée par Ernst Nollte et Jürgen Habermas. []
  5. Ce type de mobilisations se fait de plus en plus rare en Allemagne, à mesure que le soutien à Israël se diffuse dans la quasi-totalité de la gauche. []
  6. La fondation politique, proche de Die Linke, « BAK Shalom » est par exemple l’un des relais importants de l’idéologie antideutsch. []
  7. Cette expression fut par ailleurs reprise par Gregor Gysi, président de la fraction Die Linke au parlement allemand. []
  8. Ce discours a finalement été annulé à cause de perturbations venant de l’auditoire. []
  9. Joachim Bruhn, «  Was bedeutet  :  »Nie wieder Deutschland »  ? Eine ungehaltene Rede  », discours prévu au nom de l’Initiative Sozialistisches Forum à Francfort-sur-le-Main en Octobre 1991, ça ira Verlag, http://www.ca-ira.net/isf/beitraege/pdf/bruhn-nie.wieder.deutschland.pdf []
  10. Ibid. []
  11. Il est primordial ici de rappeler que l’anti-germanisme abstrait des Antideutsch est totalement lié à leur anti-anti-impérialisme et que leur soutien à Israël n’est donc pas une déviance qui ne serait advenu que par la suite. []
  12. Ainsi, l’un des articles ayant fortement influencé les Antideutsch, fut celui que publia Hans Magnus Enzensberger dans le Spiegel du 4 Février 1991 et qui fut sobrement intitulé «  Hitlers Wiedergänger» (les héritiers d’Hitler)  : http://www.spiegel.de/spiegel/print/d-13487378.html []
  13. Anne Joly, «  Le phénomène antideutsch  : une singularité de la gauche radicale allemande  », La Revue des Livres, n°6, Juillet/Aout 2012. []
  14. La Wertkritik est un courant post-marxiste apparu vers la fin des années 1980, principalement à partir des travaux de deux revues allemandes  : Krisis et Exit. L’originalité de la Wertkritik est que celle-ci réfute l’analyse marxiste «  classique  » – une analyse de la société en termes de rapports de production. Le vrai sujet de l’histoire ne serait donc pas le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais bien plutôt le Capital et la valeur – ils parlent ainsi du «  fétiche capital  » ou de la «  valeur qui s’autovalorise  ». Les théoriciens de ce courant critiquent ainsi régulièrement les mouvements de gauche «  traditionnels  » qui ne voudraient pas remettre en cause le contenu de la reproduction capitaliste, mais uniquement l’accès à ses résultats. La Wertkritik ne peut donc pas être assimilé aux Antideutsch, ainsi Robert Kurz a écrit un ouvrage extrêmement critique envers les Antideutsch, en 2003  : Die antideutsche Ideologie. Vom Antifaschismus zum Krisenimperialismus  : Kritik des neuesten linksdeutschen Sektenwesens in seinen theoretischen Propheten – Unrast Verlag, 2003.  Cependant, la Wertkritik a largement inspiré l’idéologie Antideutsch et les derniers numéros de Exit, par exemple, apparaissent de plus en plus comme des relais de cette idéologie – dans le dernier numéro, on peut ainsi lire un texte de Daniel Späth faisant de Hegel un antisioniste et invitant donc la gauche radicale à rompre avec Hegel «  comme l’on arrache une mauvaise herbe  ».http://palim-psao.over-blog.fr/ []
  15. Sur les différences entre Postone et la Wertkritik voir  : «  De quelques divergences entre Moishe Postone et la Wertkritik  » de Clément Homs http://palim-psao.over-blog.fr/article-postone-et-la-critique-de-la-valeur-119836393.html []
  16. Publié pour la première fois en anglais en 1983 dans un recueil coordonné par Anson Rabbinbach et Jack David Zipes Germans and Jews since the Holocaust  : The Changing Situation in West Germany (Holmes & Meier Pub., 1983) et dont une traduction française a été re-publiée récemment aux Presses Universitaires de France, dans Moishe Postone, Critique du fétiche capital. Le capitalisme, l’antisémitisme et la gauche, Paris, PUF, 2013. []
  17. Bien que ce texte n’ait pas été énormément lu à l’époque. C’est surtout avec le développement de la  mouvance antideutsch qu’il sera largement diffusé en Allemagne. Il fut par ailleurs republié dans les années 2000, dans un recueil de textes de Postone publié par la maison d’édition antideutsch «  ça ira Verlag  »  : Moishe Postone, Deutschland, die Linke und der Holocaust. Politische Interventionen, ça ira, 2005. []
  18. Moishe Postone, «  Antisémitisme et national-socialisme  » in Critique du fétiche capital. Le capitalisme, l’antisémitisme et la gauche, op. cit. pp. 95 à 121. []
  19. Ibid. pp. 95 à 121. []
  20. Ibid. pp. 95 à 121. []
  21. Le cas de Robert Kurz est très intéressant car, alors qu’il prit très virulemment ses distances avec les Antideutsch au début des années 2000, on retrouve pourtant de nombreuses idées les ayant inspirées dans plusieurs de ses textes. []
  22. Robert Kurz, Vie et mort du capitalisme, Paris, Lignes, 2011. []
  23. On peut cependant se demander, pourquoi alors Israël est toujours aussi largement soutenu par la plupart des États occidentaux. []
  24. Robert Kurz, op. cit. []
  25. Joachim Bruhn, «  Jede Kritik am Staat Israel ist antisemitisch  », Interview mit T-34 Informationen für das westliche Ruhrgebiet,  der Antifa Duisburg, Juillet/Aout 2003. je traduis []
  26. Per Violet, «  Von der Idee einer vernünftig eingerichteten Welt. Warum Mar ein ‘Eurozentrist’ war.  », Bahamas, n°38, été 2002. []
  27. Concernant les débats autour de l’Islamophobie dans les pays de langue allemande voir  : Fanny Müller-Uri, Antimuslimischer Rassismus, mandelbaum Verlag, 2014. []
  28. Hitler entendait ainsi faire de son Lebensraum (espace vital), l’équivalent de ce que les Britanniques avaient fait en Inde. À ce propos, se référer à : Enzo Traverso, La violence nazie. Une généalogie européenne, Paris, La Fabrique, 2002. []
  29. Maciej Zurowski, Anti-Germans : Not part of the left : http://www.cpgb.org.uk/home/weekly-worker/932/not-part-of-the-left (consulté le 22 Novembre 2013 []
Selim Nadi