[Guide de lecture] Les origines de la Ve République

La réalité de la Ve République est le plus souvent résumée à ses traits les plus autoritaires et à ses origines putschistes. Dans un contexte d’escalade répressive, d’essoufflement du régime et de radicalisation des forces de l’ordre, cette perspective est salutaire. Dans ce guide de lecture, Grey Anderson propose des outils d’analyse du régime, de son histoire et de sa nature au prisme de la théorie marxiste de l’État. Anderson n’hésite pas à entrer dans le détail des publications largement descriptives, sur l’économie gaulliste, sur la guerre d’Algérie et la naissance du nouveau régime, notamment parce que le gaullisme était et demeure une énigme : régime bourgeois régulier ? bonapartiste ? fascisant ? La contingence historique liée à l’apparition de la Ve République donne une épaisseur et une complexité au problème. Anderson nous propose brillamment de démêler ce nœud théorique, en combinant les lectures théoriques marxistes d’époque et en historicisant les analyses des forces bourgeoises, anticolonialistes ou issues du mouvement ouvrier. Ce cheminement bibliographique donne une clarté à un phénomène encore mal cerné, et pourtant terriblement actuel.

[Guide de lecture] Les fascismes

Le terme de « fascisme » fait sans doute partie des plus utilisés et des plus flous du vocabulaire politique contemporain. Déclarer que son ennemi est « fasciste », c’est mettre à l’ordre du jour son écrasement politique et physique – il vaut donc mieux savoir de quoi on parle. Par ailleurs, dans le contexte d’escalade autoritaire et de pérennisation de l’état d’urgence, repenser le fascisme est devenu une tâche de premier ordre. Ce guide de lecture offre un panorama sans précédent pour ce faire. Sebastian Budgen déploie une grande richesse bibliographique, dont le spectre s’étend du débat au sein du mouvement ouvrier dans l’entre-deux-guerres jusqu’aux analyses contemporaines du Front national ou de l’alt-right états-unienne. Budgen problématise les phases de flux, de reflux, d’innovation théoriques marxistes concernant le fascisme ; il n’en néglige ni les dimensions proprement économiques ni philosophiques ; il offre aussi quelques pistes autour de la littérature antifasciste. De Gramsci à Traverso, de Sohn-Rethel à Ishay Landa ou Domenico Losurdo, de Thalheimer ou Trotsky à Aijaz Ahmad, le phénomène fasciste aura rarement été cerné dans toute sa diversité historique et géographique.

L’art est-il une marchandise ?

Quel rapport art et capitalisme entretiennent-ils ? Cette question a été au centre des réflexions des théoriciens du « marxisme occidental » au long du XXe siècle. Mais là où leur attention s’est presque exclusivement focalisée sur les phénomènes de circulation et de marchandisation de l’art, Dave Beech, dans Art and Value, dont nous traduisons ici l’introduction, nous invite à réinscrire cette problématique dans le cadre des débats sur la transition au capitalisme en tant que mode de production spécifique. Et là où les réflexions se sont jusqu’à présent essentiellement concentrées sur le rôle de la culture dans le capitalisme, Beech souligne la nécessité d’engager le projet d’une véritable analyse économique de l’art, de ses relations au capital davantage encore qu’au capitalisme en général. Dès lors l’enjeu devient de déterminer non seulement comment l’art est intégré aux circuits internationaux des marchandises, mais si sa production elle-même intègre ou non les rapports sociaux capitalistes, la division du travail qui lui est inhérente, autrement dit quel est le mode de production de l’art. Tel doit être, nous assure Beech, « le fondement de toute explication adéquate de l’exceptionalisme économique de l’art ainsi que de toute politique de l’art, au sein du capitalisme et contre le capitalisme ».