[Guide de lecture] Opéraïsmes

Parce qu’il a su relier l’exigence théorique et l’intervention pratique, l’autonomie des luttes et les perspectives stratégiques, l’opéraïsme fait aujourd’hui l’objet d’un vif intérêt dans différents secteurs de la gauche radicale. Pourtant, le faible nombre de traductions disponibles comme la richesse de cette tradition hétérodoxe du marxisme italien contribuent à en gêner l’appropriation créative. On réduit encore trop souvent l’opéraïsme à un courant homogène, que l’évocation de quelques grands noms (Mario Tronti, Toni Negri) ou l’invocation de quelques concepts clés (composition de classe, refus du travail) suffiraient à cerner. Par contraste, c’est à la diversité interne de l’expérience opéraïste qu’entendent ici rendre justice Julien Allavena et Davide Gallo Lassere. De la scission des Quaderni rossi aux débats que suscita l’émergence de nouvelles figures de la lutte des classes dans les années 1970, en passant par l’enquête ouvrière et la lecture de Marx, c’est une ligne de conduite intellectuelle et politique en perpétuel renouvellement qu’ils donnent à voir dans ce guide de lecture, qu’en complèteront bientôt deux autres consacrés à l’autonomie et au post-opéraïsme.

Marx et l’Amérique latine

Les bévues d’un auteur en disent parfois plus long que ses vues explicites. On sait ainsi que traitement réservé par Marx à l’Amérique latine fut pour le moins partiel. Le continent sud-américain n’apparaît dans ses textes que comme une frontière du monde européen et son incompréhension des mouvements populaires qui s’y déroulèrent au XIXe siècle n’a d’égal que le mépris que lui inspire la figure de Simón Bolívar. Faut-il alors interpréter ces bévues comme le signe d’une incapacité du matérialisme historique a traiter des sociétés extra-européennes, voire comme la preuve irréfutable de l’eurocentrisme marxien ? Pour José Aricó, ces interprétations courantes passent à côté de l’essentiel : le primat de la politique sur la théorie. C’est en effet la volonté de tracer une ligne de démarcation entre les mouvements qui favorisent, et ceux qui freinent l’émancipation, qui s’exprime jusque dans les préjugés dont Marx fait preuve à l’égard de l’Amérique latine. Prendre l’histoire à rebrousse poil, identifier les tendances qui peuvent en rompre la continuité et l’ouvrir sur l’avenir: voilà la seule méthode dont peut se prévaloir une politique matérialiste.

Déprovincialiser Marx

Sous le concept de « subsomption réelle », l’école de Francfort et l’opéraïsme ont popularisé l’idée selon laquelle le capital aurait dorénavant produit un monde à son image, dans lequel toutes les pratiques seraient soumises à la logique de la valeur d’échange. Pour Harry Harootunian, cette idée typique du « marxisme occidental » constitue aujourd’hui un lieu commun dont il est il est urgent d’interroger les origines et les présupposés. Elle apparaît en effet comme une reprise de l’image que les sociétés capitalistes ont voulu donner d’elles-mêmes à l’époque de la Guerre froide. Et elle repose sur une conception eurocentrique de l’histoire, dans laquelle la marchandisation totale de la vie apparaît comme un destin auquel tous les peuples doivent se soumettre. Contre ce mythe d’un capital devenu omnipotent, Harootunian propose de relancer l’enquête historique sur les différences de temporalités et les formes de subsomption hétérogènes qui co-existent au sein du capitalisme, afin d’élargir l’horizon des pistes qui s’offrent à son dépassement.

[Guide de lecture] Marxisme et cinéma

Le cinéma a été un lieu d’investissement constant pour les marxistes, depuis sa naissance au début du XXe siècle. Le cinéma a ceci de singulier qu’il est un véritable système de production, à ses origines extrêmement coûteux ; il a revêtu très rapidement le statut d’industrie artistique et culturelle. Tout au long de son histoire, les marxistes ont considéré le cinéma comme un puissant véhicule idéologique, structurellement marqué par la classe dominante du fait de ses conditions de production. En même temps, depuis l’émergence du cinéma soviétique, le cinéma a aussi été un terrain d’expérimentation théorique et esthétique pour penser une autre manière de fabriquer et de faire parler les images. Dans ce guide de lecture monumental, Daniel Fairfax propose à la fois de recenser 9 périodes de pensée marxiste sur le cinéma, mais aussi de donner à voir, pour chacun de ces moments, une série de films qui en sont représentatifs. Par là, Fairfax rend palpable le rapport constant entre théoriques et pratiques marxistes du cinéma.

[Guide de lecture] Marxisme et Amérique latine

Dans le courant des années 2000, l’Amérique Latine est devenue, ou redevenue, une référence obligée des débats dans la gauche radicale. La plupart du temps, ces débats se sont cependant focalisés, selon les affinités politiques de leurs protagonistes, sur le processus bolivarien ou le mouvement zapatiste. Par contraste, c’est à un élargissement temporel et spatial des termes de la discussion marxiste sur l’Amérique Latine que nous invite Jeffery R. Webber dans ce guide de lecture. Périodisant l’histoire longue des innovation théoriques et des expérimentations pratiques qu’a connu le continent sud-américain de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, il propose un cartographie d’ensemble des « vents de la transformation et de la restauration » qui soufflent actuellement sur la région.