Une brève histoire de l’impérialisme français

Aujourd’hui, le complexe militaro-industriel joue un rôle essentiel dans la morphologie du capitalisme français. La place de l’armée et de la sécurité dans la Ve République est par ailleurs connue pour être essentielle. On trace souvent une généalogie de cet état de fait dans la guerre d’Algérie et ses conséquences constitutionnelles. Il s’avère pourtant que cette position du militaire plonge ses racines dans tout le long XXe siècle, de la Commune de Paris à la guerre d’Algérie, en passant par les guerres de conquête coloniale. Appuyé sur une conceptualisation marxiste solide, Serfati trace, dans cet extrait de Le Militaire, une généalogie saisissante des dispositifs impérialistes français, à travers le rôle de la finance dans l’entreprise coloniale, mais aussi de l’impact de l’armée dans les rapports sociaux.

Willi Münzenberg, la Ligue contre l’Impérialisme et le Comintern : entretien avec Fredrik Petersson

L’anti-impérialisme a une histoire largement refoulée, sinon occultée, au sein des pensées critiques et d’une partie de la gauche radicale. On retient volontiers les luttes de décolonisation d’après-guerre. Mais on oublie trop souvent que le mouvement communiste international s’est doté d’organisations anticoloniales et anti-impérialistes, à une échelle transnationale. C’était le cas de la Ligue contre l’impérialisme. Dans cet entretien, Fredrik Petersson revient sur la fondation par le Komintern de la Ligue contre l’impérialisme. Il dresse le portrait d’une question coloniale qui a été résolument appréhendée comme une question transversale par les communistes. Il pointe encore la nécessité d’une médiation entre le quartier général du communisme mondial (Moscou) et les forces nationalistes de chaque pays qui ont été ses partenaires : de quoi étayer le concept, encore trop méconnu, de front unique anti-impérialiste.

De la répression à la révolution : un discours de Kenneth Cockrel

Face à la forte vague de répression qui s’abat alors sur les mouvements radicaux noirs et aux réactions entachées de romantisme qu’elle suscite parfois, Kenneth Cockrel insiste dans ce discours sur la nécessité d’un programme et d’une stratégie révolutionnaires se donnant pour objectif la prise du pouvoir. Organiser les travailleurs dans les usines et dans la société, exercer une pression massive sur la police et la justice sont en effet pour Cockrel les meilleurs moyens de lutter contre la répression. Car, pour mettre fin à celle-ci il faut en définitive en détruire la source : l’État et les rapports d’exploitation. Ce discours prononcé à Détroit en 1970 constitue un témoignage précieux sur l’expérience politique de la Ligue des travailleurs révolutionnaires noirs, dont le livre publié aux éditions Agone, Détroit : pas d’accords pour crever, retrace l’histoire.

Palestine et révolution arabe. Entretien avec Gilbert Achcar

Aux lendemains de la défaite arabe de 1967, les combattants palestiniens établis aux quatre coins du Moyen-Orient prennent la relève de la résistance à Israël. Entre la Jordanie et le Liban, les forces armées palestiniennes construisent jusqu’à la fin des années 1970 des rapports de force au sein des pays arabophones, tant et si bien que certaines fractions de la résistance se considèrent aussi comme les fers de lance d’une révolution arabe. Dans cet entretien, Gilbert Achcar fait le bilan de cette séquence politique – et commence par évoquer son mythe fondateur, la bataille du camp de Karameh, premier succès militaire du Fatah en Transjordanie dans un face à face avec quatre colonnes blindées israéliennes.