[Guide de lecture] Le marxisme au Japon

Le Japon est certainement le pays non-occidental où le marxisme a connu au XXe siècle l’épanouissement théorique le plus saisissant, en milieu universitaire d’abord mais aussi en dehors. Pourtant, le marxisme japonais, « insularisé », reste au mieux rangé dans le cabinet des curiosités. Gavin Walker nous offre ici un aperçu synoptique sur son histoire, aussi ancienne et riche que méconnue, qui a vu se succéder reformulation de la « question nationale », débats sur la nature du capitalisme japonais et les voies de la révolution, théories et pratiques du soulèvement dans les campagnes et de la lutte armée, ou encore approches subjectives versus structurelles du capital. Se nourrissant d’un dialogue ininterrompu avec Le Capital de Marx, longtemps en prise immédiate avec les politiques du Komintern, puis de la Chine maoïste, le marxisme japonais n’était pas non plus sans entretenir des affinités avec les courants hétérodoxes de la tradition marxiste européenne. Ici comme ailleurs, un tel décentrement vient bousculer le grand partage entre le marxisme orthodoxe (soviétique) et le marxisme occidental, ouvrant d’autres espaces de pensée et d’action.

Le congrès des travailleurs d’Extrême-Orient : entretien avec John Sexton

Il est notoire que les premiers congrès de l’Internatonale communiste ont donné une place prépondérante aux débats sur la question coloniale. On se souvient du mot de Zinoviev au Congrès de Bakou invitant à mener une « guerre sainte anti-impérialiste ». Bien moins connu, mais peut-être plus significatif, le Congrès des travailleurs d’Extrême-Orient (1921) a représenté une étape fondamentale de l’élaboration stratégique anti-impérialiste du jeune pouvoir soviétique. Dans cet entretien magistral, John Sexton nous guide dans les coulisses de ce congrès, qui a vu se définir les options stratégiques d’acteurs majeurs comme le Parti communiste chinois, indonésien, indien, japonais. Sexton fait percevoir le sens tactique des bolchéviks, leur realpolitik impitoyable et ses limites. C’est une belle leçon à l’heure où la gauche révolutionnaire aborde l’anti-impérialisme avec une timidité parfois déconcertante.