Gramsci géographe : entretien avec Stefan Kipfer

Dans cet entretien, Stefan Kipfer réalise un tour de force. Non content d’avoir proposé un agenda profondément novateur en géographie critique, en associant Fanon et Lefebvre, Kipfer s’attaque cette fois à Gramsci. Prenant le contre-pied de la focalisation temporelle de Gramsci, autour du concept d’historicisme, le géographe montre l’immense potentiel que le philosophe communiste recèle pour penser l’espace. Jonglant brillamment avec les études gramsciennes sur la question méridionale, sur l’impact de l’urbain ou du rural dans le développement du fascisme, Kipfer n’oublie pas non plus d’aborder toute la littérature secondaire qui a permis de tirer de précieux enseignements sur Gramsci et la postcolonialité, la race et le nationalisme. De ce fait, Kipfer apporte un éclairage particulièrement neuf sur des sujets aussi divers que la géographie populiste de Christophe Guilluy, les révolutions arabes de 2011, la racialisation dans la périphérie de l’Europe, le sociologue islamique médiéval Ibn Khaldoun ou encore le rapport Orient-Occident. L’hégémonie ne s’avère pas seulement être une hypothèse parmi d’autres de l’histoire intellectuelle progressiste : il représente sans aucun doute l’un des agendas les plus féconds pour le subalternes aujourd’hui.

Contribution à la théorie du marché mondial

Si le marxisme connaît actuellement un renouvellement considérable à travers la géographie, et a gagné en audience à travers les travaux de David Harvey, Isaak Dachkowski est un précurseur majeur de ce mouvement. Le texte suivant a en effet paru en français en 1929 dans La Revue marxiste. Il expose de façon extrêmement précoce les intuitions fondamentales du marxisme géographique : le rôle de la forme marchandise dans la production d’un espace lisse et homogène, mais aussi dans la différenciation des territoires, la division internationale du travail, et la prolétarisation brutale des sociétés non occidentales au contact du capitalisme. Malgré ses accents vieillis, par sa lecture créative de Marx et Engels, ce texte dégage une fraîcheur insoupçonnée et une ressource pour penser la nouvelle phase de mondialisation capitaliste.