Sous les pavés, Le Capital : Le problème du travail dans l’opéraïsme et la Neue Marx-Lektüre

Lire Le Capital n’a jamais été un exercice exclusivement théorique. Chaque époque y cherche les moyens de prendre la mesure des transformations sociales qui l’ont traversé. Après 1968, explique ainsi Laurent Baronian, c’est la question de la centralité politique du travail qui a retenu l’attention de l’opéraïsme et de la Neue Marx-Lektüre : faut-il faire du travail le principe de toute rupture avec l’état de chose existant ou l’activité par laquelle se reproduit l’aliénation marchande ? Exposant avec brio ces deux perspectives, Laurent Baronian conclut à leur unilatéralité. Dans les deux cas, soutient-il en effet, on rate la spécificité de la forme que prend le travail vivant dans le capitalisme, où l’activité n’est socialisée que par l’échange. Au-delà de la marxologie, c’est le caractère explosif de cette contradiction qui doit être analysé à nouveaux frais.

La Neue Marx-Lektüre : critique de l’économie et de la société

À partir du milieu des années 1960, une nouvelle interprétation de la critique de l’économie politique marxienne a vu le jour en RFA sous le nom de Neue Marx-Lektüre («nouvelle lecture de Marx»). À l’écart du marxisme traditionnel et influencée par Adorno, une nouvelle génération de théoriciens, parmi lesquels Hans-Georg Backhaus, Helmut Reichelt et Alfred Schmidt, ont entrepris de relire Le Capital et ses manuscrits préparatoires avec pour ambition d’en réactiver la dimension authentiquement critique. Dans cet article, Riccardo Bellofiore et Tommaso Redolfi Riva s’attachent à revenir sur le moment d’élaboration d’un tel paradigme et en exposent le motif central : celui de l’abstraction et de la forme-valeur comme domination sociale.

Sur le marxisme japonais

Le marxisme japonais est presque ignoré dans le monde francophone. Pourtant, Marx est intensément débattu au Japon depuis les années 1920. Elena Louisa Lange, philosophe et spécialiste du marxisme japonais, nous introduit ici aux grands moments de la réception japonaise de la théorie marxiste : sur la nature du capitalisme japonais, la réélaboration de notions issues du « marxisme occidental » (réification, aliénation, etc.) ou encore autour de l’interprétation du « Capital ». Elle attire ainsi notre attention sur les risques d’une théorie étroitement économiciste et sur la richesse des nouvelles lectures de Marx.

Marx Global – entretien avec Jan Hoff

Le livre de Jan Hoff « Marx Global » représente sans doute l’étude la plus complète des différentes interprétations de la critique marxienne de l’économie politique des années 1960 à aujourd’hui. Dans cet entretien, l’auteur présente les enjeux de ce travail, revient sur certaines grandes interprétations, et propose de décentrer notre rapport à Marx en mettant au premier plan des débats largement ignorés en Europe ou aux États-Unis.