[Guide de lecture] Aux marges de la révolution russe

Octobre 1917 est généralement envisagé comme un phénomène russe. Selon Eric Blanc, une telle focale s’avère trompeuse. Elle ne permet ni de saisir l’émergence, la théorie et la pratique du bolchevisme, ni de saisir la dynamique concrète ayant donné lieu à la révolution. Dans ce guide de lecture, Blanc annote de façon inédite un ensemble de références sur Octobre vu depuis les marges et les pays limitrophes : Géorgiens, Finlandais, Polonais, et bien d’autres sont à l’honneur et livrent un regard résolument décentré sur l’un des événements les plus décisifs du XXe siècle.

Le moment des soviets : entretien avec Hans Hautmann

En 1917, le monde est ébranlé par l’espoir né de la révolution russe. Ce vaste mouvement est surtout connu pour son aspiration à la justice sociale et la libération nationale. Mais la révolution est également porteuse d’une conception radicalement nouvelle de la démocratie, visant à remplacer le parlementarisme bourgeois. Dans cet entretien, l’historien Hans Hautmann expose les effets de l’internationalisation de la démocratie de conseils suite à la Révolution d’Octobre, et met en lumière l’articulation des soviets avec l’auto-défense ouvrière, la conscience de classe et la socialisation de l’économie. S’affranchir de la « démocratie représentative » apparaît ainsi comme une tâche indispensable à toute activité révolutionnaire.

Pour une histoire du mouvement ouvrier féminin en Russie

Alexandra Kollontaï (1872-1952) est la plus célèbre théoricienne et militante féministe bolchévique. Dans ce texte, extrait d’une brochure publié en 1920, à l’époque où elle forme avec Alexandre Chliapnikov l’Opposition ouvrière au sein du Parti communiste, Kollontaï retrace une histoire du mouvement ouvrier féminin en Russie depuis le dernier quart du XIXe siècle jusqu’à 1908, année du premier Congrès pan-russe des femmes. Conférant un rôle décisif à la révolution de 1905, elle poursuit à travers cet essai historiographique un objectif théorique et politique clair : montrer que l’émancipation des femmes du prolétariat est inatteignable par les voies du « féminisme » (bourgeois) et qu’émancipation ouvrière et émancipation féminine, sans se confondre, sont organiquement liées.