Marx et l’Amérique latine

Les bévues d’un auteur en disent parfois plus long que ses vues explicites. On sait ainsi que traitement réservé par Marx à l’Amérique latine fut pour le moins partiel. Le continent sud-américain n’apparaît dans ses textes que comme une frontière du monde européen et son incompréhension des mouvements populaires qui s’y déroulèrent au XIXe siècle n’a d’égal que le mépris que lui inspire la figure de Simón Bolívar. Faut-il alors interpréter ces bévues comme le signe d’une incapacité du matérialisme historique a traiter des sociétés extra-européennes, voire comme la preuve irréfutable de l’eurocentrisme marxien ? Pour José Aricó, ces interprétations courantes passent à côté de l’essentiel : le primat de la politique sur la théorie. C’est en effet la volonté de tracer une ligne de démarcation entre les mouvements qui favorisent, et ceux qui freinent l’émancipation, qui s’exprime jusque dans les préjugés dont Marx fait preuve à l’égard de l’Amérique latine. Prendre l’histoire à rebrousse poil, identifier les tendances qui peuvent en rompre la continuité et l’ouvrir sur l’avenir: voilà la seule méthode dont peut se prévaloir une politique matérialiste.

[Guide de lecture] Marxisme et Amérique latine

Dans le courant des années 2000, l’Amérique Latine est devenue, ou redevenue, une référence obligée des débats dans la gauche radicale. La plupart du temps, ces débats se sont cependant focalisés, selon les affinités politiques de leurs protagonistes, sur le processus bolivarien ou le mouvement zapatiste. Par contraste, c’est à un élargissement temporel et spatial des termes de la discussion marxiste sur l’Amérique Latine que nous invite Jeffery R. Webber dans ce guide de lecture. Périodisant l’histoire longue des innovation théoriques et des expérimentations pratiques qu’a connu le continent sud-américain de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, il propose un cartographie d’ensemble des « vents de la transformation et de la restauration » qui soufflent actuellement sur la région.