Classe et lutte de classes dans l’Antiquité

Le statut théorique des classes sociales chez Marx a suscité nombre d’interprétations. Pour en comprendre le sens, G.E.M. de Ste. Croix propose ici de revenir sur les difficultés de sa pratique d’historien, et de son objet hautement problématique : les luttes de classes dans l’antiquité. Les esclaves constituaient-ils une classe en Grèce ancienne ? Pour d’autres historiens marxistes comme Vidal-Naquet et Vernant, il n’en était rien. Face à ces sociétés si éloignées du capitalisme contemporain, la seule manière de donner du sens au cours de l’histoire est, pour de Ste. Croix, de rétablir la perspective marxienne dans sa forme la plus rigoureuse et la plus cohérente : les classes sont l’envers du rapport social d’exploitation. L’intervention de l’historien antique montre ainsi qu’un décentrement radical, un regard vers le passé lointain, éclaire la complexité des rapports sociaux d’aujourd’hui.

Nicole Loraux, historienne marxiste de l’Antiquité

La séparation entre les anciens et les modernes est un trait majeur de la pensée occidentale : politiques antiques et modernes n’auraient rien de commun. Dans ce texte, Gabriele Pedullà s’attache à montrer en quoi ce vieux cliché doit être démystifié. Pour ce faire, il revient sur le parcours de l’historienne Nicole Loraux et sur l’apport de Marx et Freud à une étude des représentations antiques. La séparation anciens/modernes repose sur l’idée que les Grecs se faisaient d’eux-mêmes : celle d’une grande civilisation ayant vaincu la discorde en son sein en faisant la guerre à l’extérieur. Ce récit mythique, indissociable d’une vision de la cité antique comme berceau de la civilisation occidentale, a été méticuleusement déconstruit par Loraux : la division et le conflit sont au principe de la vie collective. Pedullà rend ici hommage à la capacité de Loraux de faire parler les silences et les marges (femmes, esclaves) chez les anciens, pour mieux comprendre notre modernité.