Langages en révolution : problèmes de linguistique soviétique

On considère souvent que le marxisme, focalisé qu’il est sur les rapports économiques, n’a rien d’intéressant à dire sur le langage. Dans cet article issu d’une intervention au colloque Penser l’émancipation, Juliette Farjat rappelle au contraire combien fut riche la réflexion marxiste sur le langage. Revenant sur les débats linguistiques occasionnés par la révolution d’octobre, elle montre que le langage doit à la fois être conçu comme l’instrument et comme l’objet de la transformation révolutionnaire de la société. Car si la langue exprime l’ensemble des oppressions que vise à dépasser la révolution, elle est aussi le medium dans lequel se constitue le sujet révolutionnaire.

Adresse et interpellation

Qu’est-ce que lire une image ? Pour Jean-Jacques Lecercle, répondre à la question, c’est repenser la dialectique entre le texte et le visuel. De la photographie journalistique à Fellini, en s’inspirant aussi bien de Gramsci, Walter Benjamin, que de Deleuze, Lecercle propose de décrire minutieusement l’apparition d’une idéologie, dans et par l’imbrication entre discours et image. C’est par ce procédé que l’idéologie prend corps, et interpelle ses auteurs et ses destinataires. C’est aussi de cette manière que la société, comme champ de forces et de luttes, voit chacun assigné à sa place et soumis aux mots d’ordre des forces hégémoniques.

Qu’est-ce qu’une langue mineure ?

Le conflit entre une langue hégémonique et des langues subalternes est un moment à part entière de la lutte des classes. En prenant appui sur l’essai de Deleuze et Guattari Pour une littérature mineure, Jean-Jacques Lecercle s’attache à en faire la démonstration. Il propose dès lors une théorie des langues en lutte au sein d’une même « formation linguistique ». Cette perspective autorise un regard renouvelé sur l’impérialisme linguistique de l’anglais devenu langue globale et sur les résistances opposées de l’intérieur même de cette langue. Elle révèle que l’assujettissement à une langue produit des variantes, des dialectes, des syncrétismes, qui en contestent l’hégémonie. Pour Lecercle, la littérature est donc un lieu de production de langues mineures : en cela, elle met en œuvre la lutte des classes au sein du langage.