L’extraction du commun, paradigme du capital

Michael Hardt, aux côtés de Toni Negri, a été l’un des théoriciens d’un paradigme fortement controversé, celui des « multitudes » et du capitalisme cognitif. Longtemps caricaturé comme ayant abdiqué face aux idéologies néolibérales de la « fin de la classe ouvrière », Hardt souligne ici non seulement les origines proprement marxistes de ses propres élaborations, mais il en illustre également la fécondité. Contre des lectures trop mécanistes de l’idée d’une succession d’étapes (capitalisme industriel puis post-industriel), Hardt propose ici une articulation dialectique entre subsomption formelle et subsomption réelle, qu’il met au centre d’un concept de capital comme extraction du commun. Il donne par ailleurs, de façon salutaire, une déclinaison stratégique à ces élaborations, en montrant la rencontre entre le chemin mené aux côtés de Negri, et les théories du capitalisme racial et du capitalisme partriarcal. Sous cet angle, la grève sociale devient un horizon réellement transformateur et profondément ancré dans une compréhension fine des dimensions multiples de l’accumulation capitaliste.

Subvertir la question des communs

Face à la toute puissance du paradigme orthodoxe en économie, pour lequel les arrangements contractuels privés sont les plus efficients, une réponse théorique hétérodoxe s’est saisie des communs pour contester les fondements du tout-marché. Dans ce texte, David Harvey montre les limites de ces nouvelles approches. Centrées sur la question des arrangements institutionnels et du droit, elles évacuent le lien indissoluble entre droit de propriété et accumulation du capital. Harvey montre avec brio que le capital reproduit sans cesse un commun bien précis, le travail collectif, pour le reprivatiser. Cette lecture est précieuse, elle permet de mettre les riches observations institutionnalistes sur les communs (problèmes d’échelles, horizontalité, verticalité) au service d’un agenda anticapitaliste.