Littérature, fiction, vérité : Morozov, Rancière, Foucault.

L’omniprésence du storytelling en politique est désormais un fait établi. La montée en puissance du thème du populisme de gauche en est un avatar au sein des forces liées au mouvement ouvrier. Pour Jean-Jacques Lecercle, cette évolution risque de subordonner la politique à la mythologie, c’est-à-dire à une fiction dogmatique. Pour déployer pleinement les ressorts du mythe, il propose l’analyse magistrale d’un fait divers devenu mythique en Union soviétique, l’histoire de Pavlik Morozov, enfant de koulak assassiné par son grand-père aux heures sombres de la collectivisation forcée. Démêlant toutes les versions du récit, Lecercle souligne notamment les limites du discours historien. Dans le sillage de Rancière et Foucault, il avance une thèse paradoxale : seule la littérature peut rendre justice à un personnage ordinaire, sans histoire, comme celui de Morozov. Seule la fiction littéraire peut reconstruire un récit « vrai » de l’existence individuelle d’un « infâme » en dehors du pathos tragique. Et « il n’y a au mythe qu’un seul antidote : non la science, non l’histoire, non la politique ou le droit, mais bien la littérature. »

Littérateurs de tous les pays, unissez-vous !

Le concept récent de « littérature mondiale » pose un défi considérable à la théorie marxiste du langage. Que faire de l’hégémonie de l’anglais sur toute la réception littéraire, notamment des pays du Sud ? Comment remettre en cause l’eurocentrisme au sein des études littéraires ? Jean-Jacques Lecercle propose une analyse de cette conjoncture et décrit les interventions théoriques qui ont cherché à résoudre cette contradiction. Dans cette entreprise, il fait état de la vitalité et de la résilience d’une philosophie marxiste du langage à même de penser l’universalité de la mondialisation du capital (et des résistances qu’elle rencontre), ainsi que la multiplicité des expériences et dialectes subalternes.