« L’art défie la nécessité de toute transition. » Entretien avec Olivier Neveux

Aujourd’hui, au théâtre, tout est politique. Metteurs en scène, financeurs, théâtres et politiques publiques se prévalent toujours davantage du thème de l’engagement, de la conscience critique et de la nécessité de « choquer » nos âmes ramollies par la quotidienneté. Pour Olivier Neveux, derrière cette nouvelle idéologie esthétique se cache en réalité un véritable retournement de la tradition politique du théâtre : remettre le spectateur à sa place d’ignorant, de complice du système ou lui rappeler la vacuité de son imaginaire. Cette « conjoncture sensible » pose aux militants révolutionnaires une série de questions embarrassantes : quel bilan tirer du théâtre politique d’émancipation ? que faire de l’ambition didactique de Brecht, du réalisme, ou encore de l’élan utopique de Bloch ? Dans cet entretien, Olivier Neveux propose une série d’hypothèses pour nous orienter dans ce présent mouvant et paradoxal : refuser l’injonction à un art d’édification critique, chercher les voies d’un art bienveillant avec les spectateurs, favoriser une expérience singulière et hétérogène pour ouvrir les possibles, briser notre enfermement sensible. Aujourd’hui peut-être que l’art, à la différence de la politique, invite à se projeter dès maintenant dans un régime anarchiste.