Paul Levi et les origines de la politique du front unique

L’idée que les mouvements sociaux sont amenés à converger ou à tisser des alliances « larges » fait partie aujourd’hui de la lingua franca militante. Néanmoins, au lendemain de 1917, rien n’était moins clair aux yeux des dirigeants communistes. Le mouvement ouvrier venait de trahir en jetant les prolétaires dans la Grande guerre et avec le succès d’Octobre les révolutionnaires étaient à leur apogée. Dans ce texte, Daniel Gaido revient avec précision sur la façon dont les insurrections défaites, notamment en Allemagne, ont mené à une révolution copernicienne dans la stratégie révolutionnaire. Qui plus est, il montre combien la naissance du fameux front unique est lié à une tragédie personnelle et collective, celle du militant Paul Levi et de son réquisitoire contre le parti communiste allemand en 1921. Encore à cette époque, le communisme international attend l’avènement rapide de la dictature du prolétariat et se lance dans des aventures sanglantes. Payant sa clairvoyance d’une exclusion du parti et d’une humiliation publique (tout en étant approuvé par Lénine), Levi incarne la sobriété et l’appréciation réaliste des rapports de force ; son aventure a donné naissance à des concepts aussi cruciaux que le front unique ou le gouvernement ouvrier, tant de notions qu’il est urgent de se réapproprier en ces temps sombres et désorientés.

Nation, race et impérialisme dans la gauche allemande depuis la réunification

D’où viennent les Antideutsch ? Quelle a été la trajectoire de ce courant de la « gauche » allemande, célèbre pour son ralliement à Israël et son opposition à tout anti-impérialisme ? Selim Nadi revient sur le soutien accordé au cours des 20 dernières années par cette nébuleuse à différentes politiques nationalistes. À partir d’une analyse historique de la campagne « Nie Wieder Deutschland », de la seconde guerre du Golfe et de la guerre en ex-Yougoslavie, l’auteur retrace la généalogie du néo-nationalisme d’une partie de la gauche allemande.

Antideutsch : sionisme, (anti)fascisme et (anti)nationalisme dans la gauche radicale allemande

Dans ce texte, Selim Nadi revient sur une mouvance singulière de la gauche radicale allemande. Appelée « Antideutsch », opposée à la réunification allemande et par conséquent à toute existence d’une entité étatique allemande comme source d’un potentiel « quatrième Reich », elle s’oppose avec véhémence à toute forme d’anti-impérialisme et prône un soutien sans failles à la politique de l’État d’Israël. Une mouvance désormais minoritaire certes, mais dont l’idéologie ne semble pas sans influence. L’occasion pour Selim Nadi d’interroger certaines ambiguïtés de la gauche allemande et européenne quant à la question de la nécessaire lutte anti-impérialiste.