Une longue révolution : entretien avec Raymond Williams

Dans ce long entretien accordé à la rédaction de la New Left Review, Raymond Williams revient sur ses contributions fondamentales au marxisme en général et à la théorie de la culture en particulier. Qu’il s’agisse de penser le rapport entre pratiques artistiques et pratiques économiques, de reconstruire la « structure de sentiment » d’une époque ou de conceptualiser la manière dont les structures sociales s’articulent en une totalité, l’œuvre de Williams ne constitue pas seulement une interprétation pénétrante du présent historique : elle est une ressource précieuse pour sa transformation.

La spécificité de la forme juridique bourgeoise

Y a-t-il un droit propre aux sociétés capitalistes ? Peut-on en dégager la forme, c’est-à-dire se détacher de son contenu historiquement variable pour en saisir le statut et la fonction comme mode de régulation dominant dans ces sociétés ? À travers une lecture des textes de Marx et de Pasukanis sur le droit, Michel Miaille défend une conception matérialiste du processus de codification juridique du social : le droit ne devient « forme », c’est-à-dire condition d’un ensemble croissant de rapports sociaux, qu’avec la société capitaliste. C’est dans ce contexte seul qu’il acquiert la fonction de traduire et de formuler les rapports sociaux et leurs contradictions ; c’est avec l’avènement du droit bourgeois, ou « moderne », que l’État se donne comme l’horizon indépassable des contradictions sociales et de leur réconciliation.

Sur l’archéologie du savoir (à propos de Michel Foucault)

Qu’est-ce qui différencie une science d’une idéologie ? Cette question paraît d’un autre âge, relevant d’un scientisme suranné. Pourtant, l’idéologie dominante se nourrit constamment d’« idéologies théoriques », sédimentées à partir de démarches scientifiques ou ayant une prétention scientifique – la psychologie comportementale, l’économie, certaines lectures du darwinisme, etc. Dans ce texte de 1970, Dominique Lecourt rend compte d’un ouvrage de Michel Foucault, « L’Archéologie du savoir ». Il s’en saisit en marxiste et en disciple d’Althusser. Avec Foucault, science et idéologie se pensent dialectiquement. Les « discours théoriques » (ayant une prétention au vrai) d’une époque donnée imposent des règles et des régularités à la production scientifique, délimitant des objets de recherche, des problèmes à résoudre. Une appropriation marxiste de Foucault est dès lors possible, à condition de repérer la limite du philosophe : son incapacité à articuler son histoire des discours avec le reste de la société, l’économie, les idéologies politiques, juridiques et morales.

Idéologie juridique et idéologie bourgeoise (Idéologie et pratiques artistiques)

Derrière la « personne juridique », il y a la marchandise et l’État : c’est d’abord le sujet privé de l’échange marchand, celui qui « possède » et dispose du droit de vendre ou d’aliéner sa possession ; c’est ensuite les appareils de l’État, combinant coercition et idéologie, pour mettre en œuvre le droit, l’inculquer à ses sujets. Ce texte, paru pour la première fois en 1973 dans la revue La Pensée, illustre cette problématique au prisme du droit d’auteur. À travers une recension détaillée de l’ouvrage de Bernard Edelman Le Droit saisi par la photographie, Nicole-Edith Thévenin décrit la crise du sujet que traverse le capitalisme avancé et les limites intrinsèques du droit face à la socialisation de plus en plus poussée du procès de production artistique.