Sur le marxisme et le léninisme. Débat avec Charles Bettelheim et Robert Linhart

Il est d’usage de lire la continuité entre Marx et Lénine comme un repère intangible, par rapport auquel on mesure toutes les « déviations » du marxisme (stalinisme, gauchisme, social-démocratie). Dans ce débat passionnant paru en 1977, Robert Linhart et Charles Bettelheim proposaient, au sein du marxisme-léninisme, une critique décisive de ce type d’approche. Confrontés aux « ML » pour qui le « révisionnisme » commence avec Khrouchtchev, Linhart et Bettelheim développent le concept de « formation idéologique bolchevique », en tant qu’unité contradictoire de pratiques, d’idées, scindées entre des tendances bourgeoises (économisme, technicisme, bureaucratisme) et prolétariennes (démocratie ouvrière, intervention des masses dans la technique). À la lumière des idées de Mao Tsé-Toung et de la révolution culturelle, c’est une autre histoire de l’Union soviétique et de ses vicissitudes qui peut s’écrire. En ce sens, tout concept du marxisme peut faire l’objet d’une récupération par la bourgeoisie, et l’idéologie prolétarienne doit en permanence être remise au travail, au contact des masses et des situations concrètes. Cette conversation établit bel et bien que le marxisme est une pensée ouverte sur le réel et le présent, qui menace à tout moment d’une involution réactionnaire et qui mérite, sans interruption, de réfléchir à ce qui saura lui donner une inflexion authentiquement révolutionnaire.

Front démocratique de libération de la Palestine – Sur Septembre noir (1970)

Dans ce texte daté de novembre 1970, le Front démocratique de libération de la Palestine, organisation maoïste fondée l’année précédente, apporte des précisions sur la répression brutale des combattants palestiniens en Jordanie, connue sous le nom de Septembre noir. Il tente de réfuter les arguments qui font endosser à la gauche palestinienne les causes de cette crise et amorce son autocritique, invitant les autres composantes de l’OLP de l’époque à débattre publiquement du problème. Ce document est un témoignage indispensable des débats stratégiques de la révolution palestinienne avant les événements de septembre 1970. Par ailleurs, les auteurs appuient leur analyse de la révolution et de la contre-révolution sur la composition de classe des campagnes – en Jordanie et en Cisjordanie – et sur le rapport des forces au sein de l’armée jordanienne. Ce bilan, écrit à chaud, est une des plus riches contributions sur la stratégie révolutionnaire palestinienne, et donne à voir l’interpénétration entre lutte nationale, libération arabe et luttes des classes à l’échelle du Moyen-Orient.

Althusser et Mao

Une lecture créatrice et imaginative d’Althusser est possible et nécessaire. Dans cette préface à un recueil en langue chinoise des Œuvres d’Althusser, Étienne Balibar propose une introduction à la vie et à la recherche du philosophe marxiste, en mettant l’accent sur la portée de ses textes pour des lecteurs chinois. Au-delà des raisons politiques de l’engagement philosophique d’Althusser, l’influence singulière qu’a eu sur lui Mao Zedong, en tant que philosophe et dirigeant révolutionnaire, est mis en lumière par Balibar. Des textes sur la contradiction à la Révolution culturelle, l’image projetée de la Chine en Occident a marqué la trajectoire philosophique althussérienne, aussi est-il particulièrement nécessaire d’y revenir pour engager des relectures fécondes de cet itinéraire marxiste.

Black like Mao. Chine rouge et révolution noire

La révolution noire a été une dimension incontournable de la politique radicale aux États-Unis dans la période d’après-guerre. Dans cette histoire, on retient avant tout l’impact du Black Panther Party, et l’on connaît bien son attrait pour la révolution chinoise et le maoïsme. Mais cette histoire ne s’arrête pas au BPP. L’intérêt pour le maoïsme plonge ses racines dans toute une politique noire radicale qui débute dès les années 1950. Dans cette grande étude datant de 1999, Robin Kelly et Betsy Esch mettent à jour toute une histoire méconnue du nationalisme noir radical, des groupes d’autodéfense armée de Robert Williams à la poésie révolutionnaire marxiste-léniniste d’Amiri Baraka. Ce large spectre nous renseigne sur un héritage crucial de l’internationalisme noir pour la politique d’émancipation.